Questions internationales

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Cette curieuse droite israélienne

Chaque fois que la droite israélienne a été au pouvoir, elle a toujours été emmenée par de personnages intransigeants, Begin, Shamir, Netanyahou, Sharon. Droite très radicale, la droite israélienne vient de loin. Elle n'est pas "conservatrice", elle prône depuis toujours une politique de méfiance à l'égard des Arabes, ralliée par pragmatisme plus que par projet à la perspective d'un état palestinien et d'une paix durable avec ses voisins.

Cette droite radicale a des relais dans la diaspora et dans la jeunesse juive depuis très longtemps, donc certaines formes violentes contribuent à envenimer le dialogue.

Le sionisme, un nationalisme intégral

Si on admet que le sionisme théorisé par ses fondateurs, Léon Pinsker, Moses Mendelsohnn et surtout Theodor Herzl, consiste en l'établissement d'un état juif en Palestine avec comme capitale Jérusalem, on peut dire que cet objectif politique a été atteint en deux temps. 1948 pour l'état, 1967 pour la "réunification" de Jérusalem. Le sionisme originel n'a donc plus de raison d'être.

C'est d'ailleurs ce que la gauche israélienne pense. Mais, il y a aussi un sionisme dit "révisionniste" qui a conduit à une scission dans le mouvement sioniste dès les années 30. Cette tendance voulait la construction d'un état juif sur les deux rives de la Palestine (intégrant notamment l'actuelle Jordanie), déniant aux Arabes, le droit d'avoir leur propre état. Cette tendance révisionniste a d'ailleurs eu recours très tôt au terrorisme, s'attaquant non seulement aux Arabes, terroristes ou non, mais aussi aux forces mandataires britanniques.

Le fondateur de ce sionisme révisionniste est un intellectuel russe du nom de Vladimir Ze'ev Jabotinksy (1880-1940), grand admirateur de Garibaldi et de d'Annuzio, il fonde le parti révisionniste en 1925, inspiré de l'esthétique italienne. Alors que la Hagana cherche à respecter la loi et protéger la communauté juive de Palestine, Jabotinski prône une défense agressive à l'égard des Arabes. Il crée donc vers 1938, sa propre milice, l'Irgoun (Irgoun Tsvai Leumi – Organisation militaire nationale) ou Etzel. Ben Gourion avait trouvé un surnom à Jabotinsy : Vladimir Hitler…

Une droite radicale

C'est Menahem Begin qui lui succède. L'Irgoun avec le groupe Stern (une dissidence), mènent des actions violentes dont le massacre de Deir Yassin en 1948. Ces groupes sont responsables de l'assassinat du comte Bernadotte a l'initiative des pourparlers de paix de Rhodes en 1949-1950.Abandonnant la lutte armée, Begin transforme son mouvement en parti politique, le Herout. Ce parti libéral est l'ancêtre du Likoud, créé en 1973. En 1977, la droite gagne les élections et mène avec succès les négociations de paix avec l'Egypte, mais elle envahit le Liban et 1982 avec les suites que l'on connaît. Le maître d'oeuvre militaire de l'opération est  Ariel Sharon. Non seulement, il pousse son gouvernement à intervenir au Liban, mais il laissera commettre les massacres de Sabra et Chatila.

Le Likoud

La droite israélienne ne se limite pas au seul Likoud. Le système politique prévoit qu'un parti qui recueille au moins un pour cent des suffrages peut être représenté à la Knesset. C'est ainsi que de multiples petits partis ethniques, religieux ou laïcs cohabitent sur la scène politique, dans des coalitions à géométrie variables, faisant ou défaisant les majorités constituées souvent à quelques voix près. Si les organisations que nous avons évoquées plus hautes sont groupusculaires, le Likoud est un parti politique avec des ramifications en dehors d'Israël. Il y a un Likoud mondial au sein duquel le Likoud de France est l'une des branches les plus actives et les plus radicales.

Le clivage droite-gauche en Israël aujourd'hui repose sur le débat concernant l'avenir des Territoires occupés en 1967. Pour la droite, les Arabes n'ont aucun droit sur la terre de Palestine. Fondé en 1973, le Likoud ("unité") partisan du  "Grand Israël" (Eretz Israel : la terre d'Israël), estime que l'état hébreu doit exister dans ses frontières "naturelles" qui incluent le plateau du Golan, la bande de Gaza et la Cisjordanie. De ce fait, il juge historiquement infondée la possibilité d'un état palestinien distinct de la Jordanie.

La Ligue de défense juive

"La Ligue de Défense Juive est le seul mouvement juif indépendant qui lutte pour le droit des Juifs en Eretz-Israël et dans la diaspora !". Tel est la nature que ce mouvement se donne. Son logo est une reprise de l'organisation raciste Kach, groupuscule ultra fondé par Meir Kahane. Ce rabbin extrémiste avait été déclaré inéligible en 1988 en Israël. Il a fini assassiné. Kach (C'est ainsi) fait écho à la devise de l'Irgoun ("Rakh Kach" : "Seulement ainsi"). Ses partisans américains ont fondé la Ligue juive américaine qui s'est rendu coupable de plusieurs attentats terroristes aux Etats-Unis et d'implantations sauvages dans les Territoires palestiniens. La version française, la Ligue de défense juive, moins bien implantée dans la communauté juive parce que plus récente, est donc plus radicale. Ce courant radical, ultra minoritaire sous couvert de défense du judaïsme est en fait un mouvement raciste et anti arabe. Nullement représentatif, il peut constituer un pôle d'attraction pour une jeunesse en quête d'absolu et d'identité.

Le Betar/Tagar

Le Betar est l'une des plus anciennes organisations nationalistes paramilitaires. Fondé en 1923 en Pologne par Jabotinksi, le Betar était chargé de l'éducation des jeunes juifs et de la défense de la communauté. Ils portaient chemises brunes et marchaient au pas. Il s'est mué en organisation violente notamment en France. Il y a une façade "propre". Le nom a une double origine. Betar est le nom de la forteresse juive de Bar Kochba, le héros de la deuxième guerre juive de 135 après J.-C. c'est aussi l'abréviation de Brit Trumpeldor ("la maison de Trumpeldor", un héros du sionisme du début du vingtième siècle). Le Bétar est un mouvement de jeunesse affilié au Likoud qui n'hésite pas à faire le coup de poing contre ses ennemis, même si ceux-ci se trouvent être des pacifistes juifs par exemple. On a vu des individus opérer de curieux rapprochements comme William Abitbol qui militait au Betar et au GUD en 1973 par exemple.

Tagar est la branche étudiante du Betar. En effet, la recrudescence des agressions des groupuscules fascisants à partir de la deuxième moitié des années 60 a justifié l'organisation de l'autodéfense des étudiants juifs.

Il reste que l'expression ou la médiatisation d'une extrême droite juive en face d'un islam radical dans la période actuelle n'est certainement pas de nature à faciliter le dialogue et la paix civile.

Instrumentaliser l'antisémitisme ?

C'est la question que l'on est en droit de se poser lorsqu'on entend tel responsable israélien ou intellectuel juif s'insurger contre la critique de la politique violente de Sharon. Depuis longtemps, la droite israélienne essaye d'amalgamer antisémitisme et anti sionisme. Israël est confronté aujourd'hui à la perspective d'une crise démographique. Aussi faut-il relancer l'immigration et une immigration de qualité plutôt que les éléments venus de Russie ou d'Orient mal intégrés, ne parlant pas hébreu et victimes du racisme. La stratégie du cabinet de Sharon est d'attirer les juifs français ou américains, plus sensibles aux arguments du Likoud. Pour ce faire, il s'agit de se livrer à une véritable bataille de l'information et de diffuser l'idée d'un retour de l'antisémitisme notamment en France. C'est ainsi qu'on en arrive à un amalgame entre le conflit au Proche Orient et les actes isolés mais répétés que l'on a connu récemment en France. Si la vigilance doit redoubler, l'instrumentalisation et le repli identitaire doivent être combattus avec la même vigueur.

Pour aller plus loin

Israel-Palestine, bataille pour la paix

Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe (MEDEA)

Shalom arshav (La Paix maintenant)

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Enjeux

Chronologie

Quelques lectures